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ET CRITIQUE

fin de 1552, nous apprend que Muret était familièrement lié dès cette année-là avec Ronsard, Baïf, Du Bellay, Denisot, Jodelle et leur Mécène commun Jean Brinon. L’ode du même recueil Ad J. Auratum virum utraque lingua eruditissimum nous apprend qu’il était non seulement le compatriote, mais encore le parent de Dorat (4e stro.) ; on peut même conjecturer des premiers vers, que Muret est allé entendre Dorat aux cours publics du collège de Coqueret en 1551 ou 1552 :

Aurate, gentis grande decus meae,
Qui tensa docta fila legens manu,
Seclis inexpertum vetustis
Ambrosio jacis ore nectar...

On sait enfin par les Dithyrambes de Ronsard que Muret figurait avec quelques-uns des auditeurs de Dorat à la « pompe du bouc de Jodelle » (carnaval de 1553). Tels sont les documents sur lesquels Binet s’est très probablement appuyé. Mais aucun deux ne l’autorisait à faire de Muret un disciple de Dorat comme le furent Ronsard et Baïf.

On s’est demandé « ce qui a permis à Sainte-Beuve de mettre Muret au nombre des élèves de Coqueret que dirigeait Dorat » (Fr. Delage, Un humaniste limousin au XVIe s., p. 5, note 4). C’est Binet qui est la cause unique de cette erreur commise par Sainte-Beuve à la fois dans son Tableau de la p. au XVIe s. et dans sa Notice sur Ronsard, et reproduite sans contrôle par la plupart des biographes postérieurs, notamment par Blanchemain et Marty-Laveaux dans les Notices qui accompagnent leurs éditions, par Bizos (Ronsard, p. 16) et G. Pellissier (Hist. de la langue et de la litt. fr., tome III, fascicule 15, p. 142).

P. 13, l. 8. — Lancelot Carles. Il est possible que ce personnage ait assisté à des cours publics de Dorat vers 1548, mais ni Ronsard, ni Baïf, ne l’ont jamais considéré comme un condisciple proprement dit. — Sur L. Carle (c’est la vraie orthog., et non Carles), aumônier de Henri II, maître des requêtes de son hôtel, et à partir de 1550 évêque de Riez, voir T. de Larroque, Vies des poètes bordelais, 1873 ; P. Bonnefon, Annuaire de l’Association des Et. grecques, 1883, p. 327 ; L. Delaruelle, Rev. d’Hist. litt., 1897, p. 408 ; H. Chamard, J. du Bellay, p. 228 ; E. Picot, Les Français italianisants au XVIe s., tome I, p. 235. — J. Peletier lui adresse un dizain dans ses Œuvres Poëtiq. (1547), Du Bellay une ode dans son Recueil de Poësie (1549) ; celui-ci l’avait déjà compris dans sa 1re préface de l’Olive parmi les lecteurs d’élite dont l’approbation lui suffit ; en 1550, il le compte dans sa Musagnæomachie parmi les adversaires de l’Ignorance, à côté d’Heroët, de Saint-Gelais et de Peletier. Mais une lettre de L’Hospital à Morel écrite en déc. 1552 (publiée par P. de Nolhac dans la Rev. d’Hist. litt. de 1899, p. 355) nous apprend que Carle partagea l’animosité de Saint-Gelais contre Ronsard (v. ci-après, pp. 134 et 135, aux mots « de l’Ignorance »). Enfin, d’après une Gayeté de Magny (1554), Carle suivit Saint-Gelais dans sa réconciliation avec Ronsard au début de 1553, et glorifia celui-ci auprès de Henri II, en lui lisant un plan de la Franciade, en janv. 1553 ou plutôt 1554 (v. ci-après, p. 143, aux mots « durant son règne »). C’est en retour de cette palinodie que vraisemblablement Ronsard lui dédia