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COMMENTAIRE HISTORIQUE

(Bl., VII, 7 ; cf. VIII, 74) ; et l’avis présentait cette variante : « Ce fragment a esté recouvré par le moyen de quelqu’un, comme plusieurs autres pièces qui sont en ce Recueil. »

Après l’exposé de ces faits on ne s’étonnera pas que je doute fort de l’authenticité de ce fragment d’une prétendue traduction du Plutus faite par Ronsard, soupçonnant là ou une supercherie de l’éditeur désireux de séduire sa clientèle par de l’inédit, ou plus simplement une erreur de Nic. Buon et de Cl. Garnier, qui auraient de très bonne foi attribué à Ronsard des vers anonymes (comme cela est arrivé pour une traduction de l’Andrienne longtemps attribuée à Despériers).

Un autre fait me paraît encore significatif, c’est que Ronsard, adressant en 1555 son Hymne de l’Or à Jean Dorat, y a cité du Ménandre, du Simonide, du Théognis, même du Démosthène, et qu’on n’y trouve pas la moindre citation du Plutus d’Aristophane, alors que l’occasion était si belle. Enfin l’étude du fragment au point de vue du style ne peut que confirmer nos doutes (cf. H. Guy, Rev. d’Hist. de la Fr., 1902, p. 220). On en trouve le texte dans l’éd. Bl., VII, 281, et dans l’éd. M.-L., VI, 273.

P. 13, l. 5. — se reveillerent. Cf. ces vers du poème A Jean de la Peruse :

De sa faveur en France il (Dieu) reveilla
Mon jeune esprit, qui premier travailla
De marier les odes à la lyre.
...........
Presque d’un temps le mesme esprit divin
Dessommeilla Du Bellay l’Angevin.
(Bl., VI, 43-44.)

P. 13, l. 7. — en l’Eloquence Latine. Faut-il entendre par ce passage, simplement et d’une façon générale, que Muret, Carle et quelques autres ont puisé leur inspiration à la source de l’antiquité gréco-latine, ou bien, plutôt, qu’ils ont suivi l’enseignement de Dorat et se sont par lui « abreuvé aux eaux Pieriennes » ? Nous adoptons ce dernier sens et pensons que Binet désigne Dorat par « cette fonteine dorée ». Non seulement le jeu de mots, mais le contexte et toute la suite des idées le prouvent, depuis : « Ronsard, donc voulant recompenser le temps perdu... », jusqu’à : « Voyant que nostre langue estoit povre ». Pour ce jeu de mots, cf. Critton : « ... doctore usus in Græcis et in Latinis literis Aurato, ex aureis divini illius hominis tantum hausit... » (op. cit., p. 5) ; Ronsard, Hymne de l’Or, début ; Joly, Rem. crit. sur le Dictionn. de Bayle, art. Daurat, p 302.

Or, Binet s’est trompé s’il a cru que Muret fut le disciple de Dorat, au collège de Coqueret, surtout avant 1550. Il ne le fut ni avant ni après 1550. Muret débuta comme professeur à Auch en 1545 à 19 ans ; il enseigna ensuite à Villeneuve d’Agen, à Poitiers (au collège Ste-Marthe en 1546), à Bordeaux (au collège de Guyenne de 1547 à 1551). Il ne vint habiter Paris que vers juillet 1551 ; il y enseigna le latin durant deux ans avec le plus grand succès, au collège du Cardinal Lemoine et peut-être dans quelques collèges voisins, comme celui de Boncourt (cf. Dejob, Thèse fr., chap. i et ii). La préface des Juvenilia, publiés à la