Ouvrir le menu principal

Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/87

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

— Vas-tu finir, lui cria le docteur impatienté, qu’as-tu donc ? Tu es gauche comme un pochard ce matin.

— Docteur, c’est pas ma faute ; mais la faute de c’te morguienne avec qui je me suis brouillé hier soir.

— Ah ! tu le permets d’aller voir les jeunes filles et d’avoir des querelles d’amoureux.

— Dame, vous vous êtes bien marié, vous. J’avais pensé que, si je faisais comme vous, mes enfants pourraient être les domestiques des vôtres. Mais pour cela il faut avoir une blonde. Eh bien ! un bon jour je l’ai acostée c’te petite frimousse qui ne me revenait pas mal. Elle me faisait de l’œil, je le voyais bien lorsqu’elle passait devant le jardin trois ou quatre fois par jour, alors en lui présentant un gros bouquet de soucis, je fais connaissance en lui disant qu’elle serait bien aimable, si elle avait l’obligeance, la complaisance, la condescendance de tous me les enlever mes soucis. Elle n’a pas compris, mais elle a pris mes fleurs et m’a dit qu’elle serait bien aise si j’allais la voir chez elle. Le soir même j’y allais. Je vous assure que je n’ai pas entré dans un palais c’te fois-là, c’était pauvre comme du sel. N’importe, elle me revenait c’te jeunesse. Avec des p’tits cadeaux je l’avais pas mal rafistolée. Elle était jeune, bien jeune. Je me disais, « Je pourrai plus facilement lui apprendre les politesses et