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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/85

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

— Je reviendrai bientôt. Ne vous alarmez pas de mon absence, elle sera courte. Je connais assez ma mère pour savoir qu’elle se rendra bien vite à mes désirs, du moment qu’il s’agit de mon bonheur. On m’offre à Saint-Eustache des avantages que je ne saurais trouver à Montréal en m’établissant dans cette ville : ma mère n’hésitera pas. Vous la connaîtrez Lucienne, elle vous aimera, elle aura pour vous, cette tendresse de mère qui vous a manqué toute votre vie, et plus tard elle sera si heureuse de vous nommer sa fille.

La main de Lucienne trembla légèrement dans celle de Pierre. Sa fille ! ce seul mot l’enivrait, en même temps qu’une crainte vague l’oppressait. Aurait-elle jamais cette félicité.

— Qu’avez-vous, chère amie, lui dit-il en la voyant pâlir. Dans mon bonheur j’ai été égoïste. je vous ai retenue trop longtemps au dehors, oubliant que vous êtes convalescente. Vous avez peut-être pris froid ?

— Non Pierre ; ces heures que nous venons de passer ensemble ont été si douces, qu’elles m’ont sensiblement émue. Quelquefois un grand bonheur peut, comme une profonde peine, causer une émotion trop vive : la seule pensée de votre départ me rend un peu nerveuse.

— Il sera court. Je ferai en sorte que les préparatifs de notre installation ici prennent le moins de temps possible. Avant la fin de la