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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/84

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

longs plis de sa tunique blanche, laissant deviner toutes les grâces de sa personne ; ses beaux cheveux bruns, disposés sur son front, en bandeaux ondulés, tombaient en deux tresses épaisses beaucoup plus bas que sa ceinture ; la transparence de sa peau, que le velours de ses grands yeux noirs faisait paraître encore plus blanche, lui donnait en cet instant l’apparence de la statue de Galatée, au moment où un souffle d’amour vient de l’animer.

Ils se comprenaient si bien ces deux jeunes gens ; ils s’aimaient de cette manière parfaite qui saisit les petits détails, qui ne laisse jamais passer, sans les comprendre, ces mille riens charmants, ces attentions de tous les instants, que l’âme délicate se sent si joyeuse de prodiguer ; dans un regard, dans un sourire, l’intention la plus cachée, la pensée la plus secrète a été devinée, sentie, appréciée. Un amour né dans de telles circonstances ne pourrait jamais changer.

L’heure s’enfuyait, enfin Lucienne dit à Pierre d’une voix émue.

— Vous retournez à Montréal demain, vous m’assurez du consentement de votre mère à venir habiter Saint-Eustache avec vous, néanmoins je me sens inquiète de votre départ ; depuis quinze jours nous avons été si heureux ici, je ne puis me défendre d’un sentiment de tristesse en vous voyant partir.