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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/83

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

léger écureuil faisait bruisser les feuilles des grands érables, et brisait en passant une branche séchée, dont la chute dans l’air faisait s’envoler quelques rares oiseaux ne dormant pas encore. Il y avait à cette heure dans cette sommeillante nature quelque chose de mystique invitant au bonheur.

Sans prononcer un mot Lucienne et Pierre parcouraient lentement l’allée conduisant à la demeure seigneuriale ; mais dans leur silence ils se disaient des milliers de paroles, leurs âmes se causaient, se révélant dans une muette confidence leur mutuelle tendresse, n’osant prononcer à haute voix un seul mot dont l’écho eut pu alarmer leur bonheur jaloux. Les soupirs de l’air, le frissonnement des ondes, le vol attardé des oiseaux, leur murmuraient d’être heureux à cette heure, où le sablier du temps suspendait pour eux sa descente. Après une si cruelle séparation, après tant de souffrances, d’inquiétudes, ils s’étaient retrouvés dans un endroit charmant, où, sans nulle contrainte, chaque jour ils pouvaient se revoir. Ils n’osaient encore croire à leur bonheur, émus ils demeuraient le regard noyé dans le regard, craignant d’entendre quelque bruit du monde venant faire évanouir leur doux rêve.

Pour Pierre. Lucienne était bien l’idéal de ses rêveries de jeune homme, elle lui semblait si belle cette frêle enfant enveloppée dans les