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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/75

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

pas fière ; l’autre jour elle a mis sa belle main blanche dans la mienne pour me souhaiter une bonne fête, tout comme si j’avais été un vrai monsieur. Je voudrais en avoir plusieurs visites à faire chez des demoiselles comme elle.

— Pour aujourd’hui tu n’iras nulle part ailleurs, il faudra à ton retour tout mettre à l’ordre dans la chambre du pignon, il doit nous arriver ce soir, ou demain, une jeune malade envoyée par le docteur Bussière.

— Une dame ?

— Une toute jeune fille.

— Élevée dans toutes les politesses et les cérémonies ?

— Précisément, c’est presqu’une savante qui nous arrive.

— Quelle bénédiction ! elle aura peut-être l’obligeance, la complaisance, la condescendance de me lire des passages de la bataille d’Austerlitz.

— De Marengo peut-être aussi ; mais il faudra lui éviter toute fatigue, elle me paraît bien pâle, bien mélancolique.

— Mélancolique, qu’est-ce que c’est ça ?

— Triste.

— Alors je lui conterai des histoires drôles pour la faire rire. Vous verrez il faudra qu’elle change, ici il n’y a pas de tristesse, elle se déridera vite en voyant couler devant elle la belle rivière, en se balançant dans le hamac à l’om-