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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/68

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

faut pas abuser de vos forces, vous voilà toute tremblante. Appuyez votre tête sur mon épaule, je mets mes chevaux au pas, bientôt nous serons au village.

Lucienne obéit, puis ferma les yeux pour rêver à son bonheur qui en cet instant ensevelissait dans le n’est plus, ces terribles semaines dont les angoisses avaient laissé leurs profondes traces sur toute sa frêle personne.

Saint-Eustache était alors un grand et prospère village situé au confluent des rivières Mille Îles et du Chêne, dont les eaux serpentantes le divisaient en deux parties, lui donnant un aspect des plus attrayants. La maison seigneuriale, placée sur une élévation en face de la rivière des Mille-Îles, possédait un superbe parterre, se prolongeant en une large allée jusqu’à l’église et le couvent ; puis vis-à-vis le presbytère, sur une pointe parallèle à celle où était bâti le temple de Dieu se trouvait la maison du Docteur Chénier, vaste demeure en bois, entourée d’une large galerie d’où l’on voyait couler, limpides, les eaux de la rivière du Chêne, sur laquelle était jeté un solide pont à deux arches.

Cet endroit était délicieux, le bon docteur Bussière avait été bien inspiré en le choisissant comme retraite à sa patiente. En y posant les pieds on se sentait charmé, les regards