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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/63

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

le tapis varié des moissons offrait le riche tableau d’une nature débordant de fécondité ; puis elle fermait soudain les yeux, comme si elle ne pouvait supporter la vue de cette surabondance de vie, formant un amer contraste avec la débilité générale de toute sa petite, personne. Le docteur Bussière se penchant vers elle lui demanda si elle était fatiguée.

— Je ne sais pas, docteur, répondit-elle, depuis des semaines je me sens toujours aussi lasse, aussi épuisée, malgré tous vos bons soins, toutes vos attentions délicates ; vous avez en moi une bien vilaine patiente, de laquelle vous devriez vous désintéresser, puisqu’elle persiste à ne vous donner aucune satisfaction, puisqu’elle n’a même pas le courage de réagir contre le mal que vous voulez guérir.

— Et que je guérirai, chère enfant ; mais Paris ne s’est pas fait en un jour ; jusqu’ici nous avons marché un peu dans les ténèbres, en tâtonnant pour trouver la balle meurtrière qui vous fait tant souffrir, si la lumière se fait tout à coup nous l’enlèverons bien vite cette balle.

Un pâle sourire erra sur les lèvres de la jeune fille.

—Vous me croyez donc atteinte d’un mal inconnu, docteur, où la science médicale n’a pas encore pénétré ?