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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/40

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n’avoir écouté la voix intérieure qui leur a crié : Aime on crains ici.

Le regard doux et compatissant de Pierre, plaignant l’enfant d’avoir eu à subir une aussi humiliante introduction de la part de son oncle, calma à l’instant le mouvement de révolte qui s’agitait au fond de l’âme de Lucienne, pour faire place à un sentiment de reconnaissance, il la plaignait, elle le sentait.

Pierre voulant dissiper sa confusion s’approcha d’elle et lui demanda avec intérêt si elle aimait la langue anglaise.

— Je ne la connais pas, répondit-elle, mais je crois que je l’aimerai si vous me l’enseignez.

Déjà ils se comprenaient, ils étaient droits et francs tous deux.


IV


À partir de ce jour l’existence de Lucienne changea ; quelqu’un s’intéressait à elle, son ciel s’azurait ; elle sentait là une protection toute nouvelle, inconnue jusqu’alors, elle s’y abandonnait avec ivresse, sentant qu’elle n’était plus la même. Les sourdes révoltes qui parfois avaient agité son âme froissée, meurtrie, ne se faisait plus sentir, une parfaite sérénité régnait dans son plus intime intérieur.

L’heure de la classe anglaise n’arrivait jamais assez tôt et la leçon était toujours parfaitement sue ; pour Pierre elle s’était mise à l’étude avec ardeur.