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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/33

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

Lucienne l’entourait de tendresse comme si vraiment elle eut eu une âme, la baisant avec l’amour d’une vraie petite mère capable de tous les dévouements. Ou bien, c’était le petit chat qui recevait toute l’exubérance de cette nature affectueuse. Le ronron régulier de l’animal, lorsque sa main la caressait, lui exprimait combien il était content d’être ainsi choyé, alors elle se sentait moins seule, quelqu’un était heureux de son affection.

Jusqu’à douze ans Lucienne n’eut qu’un désir, arriver le plus tôt possible à la fin de la classe pour être libre de son temps et l’employer à sa guise ; alors on la laissait avec indifférence s’amuser comme bon lui semblait.

Mûrie par la souffrance cette plante sensitive s’était repliée sur elle-même pour cacher au plus profond de son cœur les nobles élans de sa nature généreuse, sa tendresse, ses enthousiasmes, sa vive admiration du beau, du bien.

Son âme avait l’intuition des beautés morales ; elle possédait une grande douceur de caractère, une patience remarquable pour endurer ses propres souffrances ; mais une indignation vive et spontanée la faisait vibrer à la moindre injustice commise à son prochain, alors elle s’exprimait avec impétuosité pour défendre l’opprimé ; se prodiguant sans réserve pour soulager celui qui souffrait ; trouvant tou-