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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/31

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

études qu’elle ne pouvait comprendre, découragée elle se disait avec philosophie.

— Pourquoi me rendre ainsi malade pour retenir par cœur des choses qui m’ennuient ? mieux vaut supporter les réprimandes de ma maîtresse que de me fatiguer à ce point. Si elle m’aimait je souffrirais volontiers pour lui faire plaisir ; mais elle ne m’aime pas, elle n’a que de dures paroles à m’adresser, elle me gronde sans cesse, à quoi sert d’étudier.

Les reproches de l’oncle, de la tante, restaient pareillement sans résultat parce qu’elle se disait à leur endroit comme pour son institutrice :

— Ils ne m’aiment pas. pourquoi me rendrais-je malade pour eux.

Son enfance était donc bien triste. Élevée dans une famille au caractère autocrate, où l’on se faisait une gloire d’étouffer les moindres sentiments de tendresse, de cacher comme une faiblesse les émotions les plus légitimes. Lucienne s’était habituée à refouler au fond de son âme toutes ses impressions. Vive, sensible, elle souffrait dans cet intérieur rigide, où l’on se trouvait parfaitement en règle avec elle, du moment qu’elle était élégamment vêtue, bien nourrie, qu’on lui donnait une éducation soignée. Si parfois, fatiguée d’une étude trop prolongée, l’enfant tout à coup se mettait à courir après un petit chat, passant devant elle,