Ouvrir le menu principal

Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/168

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
160
LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

en éclats et les soldats envahissent le temple, le combat recommence au-dedans. Deux mille hommes contre cent, se ruent avec rage, une lutte sans merci, effrénée, barbare s’engage, on se prend corps à corps, on s’écrase aux fenêtres, aux portes : comme un flot mouvant les masses repoussent et se repoussent.

— Courage, crie Chénier aux siens. Et un moment devant les troupes anglaises qui reculent on croit à la victoire.

— Victoire, victoire, mes enfants, continue-t-il, Dieu soit béni.

Mais soudain un cri d’horreur lui répond. Colborne, furieux de cette sublime résistance et craignant la défaite, a fait mettre le feu à l’église. Ô fatalité ! le héros courbe la tête en voyant monter, en spirales rougeâtres, les flammes du brasier qui lui enlèvent sa dernière espérance ; cependant au milieu des éclairs, de la fumée, on veut encore défendre chèrement sa vie. Les Anglais effrayés ont quitté le temple, mais ils le cernent. Plusieurs patriotes, voyant tout perdu, s’élancent par les fenêtres, ils trouvent la mort en tombant. Il ne reste auprès de Chénier que Pierre et une poignée de braves se défendant en désespérés. Enfin voyant que tout est inutile Chénier leur dit :

— Mes amis, sautons par la fenêtre, du côté du couvent, par le cimetière nous essayerons à passer à travers l’ennemi.