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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/164

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

me le petit caporal, oui, oui, vous allez balayer cette canaille d’Anglais qui veut nous jouer des mauvais tours.

— Allons, laisse-moi passer, mon ami, et rentre tout fermer à la maison.

Edmond baisa encore la main du docteur.

— Je me ferais tuer pour vous si l’on vous faisait prisonnier.

— Merci Edmond, mais jamais l’on me prendra vivant, je mourrai les armes à la main.

— C’est cela, vaut mieux mourir sur le champ de bataille que de languir comme Napoléon à Sainte-Hélène. Ah ! mon colonel, ça serait un si grand malheur, cependant, de vous perdre.

Et Edmond se remit à sangloter.

— Allons, allons, si quelqu’un nous rencontrait ici on nous prendrait pour deux enfants, fit le docteur en essuyant lui-même les larmes qui coulaient de ses yeux, vas, mon brave cœur, retourne auprès du trésor que je te confie et prie le ciel qu’il me protège.

Disant le Dr Chénier s’élança précipitamment sur le pont et le traversa en courant, voulant cacher à son serviteur l’émotion qu’il ne pouvait plus dominer. Le ciel se couvrit soudain, la lune disparut sous un épais nuage, et dans l’espace le cri lugubre d’un hibou se fit entendre. Le docteur tressaillit, ce cri avait résonné à son oreille comme un glas.