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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/161

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

heure il a espéré pouvoir le délivrer du joug tyrannique sous lequel il gémissait ; si la fatalité veut que je succombe, dis-lui que son père a tout donné pour ses compatriotes, il s’est arraché à la tendresse d’une femme adorée, d’une enfant qu’il aurait voulu voir grandir, chérir et protéger, il a sacrifié ses joies intimes, ces bonheurs si vrais, mais hélas, trop courts, de ses belles années de jeunesse, parce qu’il espérait que la justice et le courage triompheraient, que la victoire était possible, puisqu’avant nous une poignée de braves cœurs avaient fait reculer les Anglais : si plus tard quelqu’un dit à ma fillette que son père fut téméraire, répond-leur : Le drapeau que Chénier a porté fièrement à l’assemblée de Saint-Charles, il l’a défendu noblement jusqu’à la mort, parce qu’il voulait le voir flotter victorieusement au-dessus du clocher de son village, s’il a été vaincu il a versé la dernière goutte de son sang pour le défendre. La vérité sortant d’une bouche franche les convaincra de la droiture de mes intentions et dans les années futures ceux qui me blâment aujourd’hui reconnaîtront l’erreur de leur jugement, ils comprendront que l’on doit tout risquer pour gagner une cause sainte, qu’un élan d’enthousiasme a souvent fait reculer une armée entière devant un peloton de soldats énergiques, décidés à vaincre ou à mourir, un mot d’encouragement au milieu des ba-