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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/160

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

fant tant qu’on adore ; mourir lorsque l’existence offre tant d’horizons lumineux. Jeunesse, santé, talents, courage, vertu, Chénier possédait tout cela, il le sacrifia sur l’autel du patriotisme pour le bien de ses compatriotes.

Longtemps sans parler ils restèrent ainsi tous deux à mêler leur douleur ; enfin s’arrachant aux étreintes passionnées de sa femme le Dr Chénier quitta comme un fou sa demeure et s’élança au dehors pour aller retrouver ses gens. En sortant il se heurta contre Edmond.

— Ah ! mon colonel, pardon je ne vous voyais pas ; mais vous pleurez, qu’avez-vous ?

— Ah ! mon brave, c’est toi. Eh bien ! oui, je pleure, Edmond, parce qu’il me semble que je viens de voir ma femme et mon enfant pour la dernière fois.

— Mon colonel, on va se battre ?

— Au lever du jour peut-être.

— Alors il ne faut pas parler comme cela, ce sera la bataille d’Austerlitz.

— Ou celle de Waterloo. S’il en est ainsi, Edmond, rappelle-toi que je te confie ma femme et mon enfant. Tu as toujours été un domestique dévoué, reste auprès d’elles ; si l’on est vaincu amène-les bien loin d’ici, afin qu’il ne leur soit fait aucun mal, et quand je ne serai plus, quand ma fillette sera grande, tu lui parleras de son père. Tu lui diras qu’il a tout sacrifié pour son pays, que jusqu’à la dernière