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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/158

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

n’avaient pas assez d’armes, la défaite de Saint-Charles remplissait son âme d’appréhension ; il songeait aussi à sa femme, à son enfant, que deviendraient-elles sans lui, et ses regards désolés les contemplaient avec amour. Cette enfant sommeillant dans son berceau tout blanc, avec le sourire des anges aux lèvres, cette femme jeune et aimée, dont peut-être il serait bientôt séparé pour toujours, quel serait leur destin s’il succombait. Un profond soupir souleva sa poitrine, interrompant le silence qui régnait dans la pièce. Madame Chénier, occupé à coudre près du lit de son enfant, releva la tète.

— Tu souffres, Olivier, dit-elle s’approchant de son mari et lui prenant la main affectueusement, y a-t-il quelque chose de nouveau ? Es-tu parvenu à trouver des hommes sur lesquels tu puisses compter ?

— Chère amie, j’ai trouvé des hommes, au cœur généreux, prêts à tout sacrifier pour obtenir justice, ce qui m’afflige c’est le départ d’un grand nombre d’entre eux. Cependant il faut se battre, il faut être vainqueurs, Nelson avec un petit peloton de braves a été victorieux, il faut, nous aussi, balayer l’ennemi.

— Si vous mettiez bas les armes.

— Ah ! pauvre amie, que dis-tu là, ta tendresse pour moi t’égare, rappelle-toi le sort cruel de ce peuple sans méfiance qui, croyant à l’honneur et à la parole donnée, remit ses