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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/156

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

enfant j’ai survécu à UN déchirement du cœur si cruel que la plaie à peine fermée s’ouvrirait béante à l’annonce d’une fatale nouvelle. Ma main tremble en écrivant ces mots, mes yeux se troublent, je pleure encore. Gabrielle, qu’ai-je donc ? est-ce parce que Pierre vient de disparaître complètement à mes regards ? je ne le vois plus, il a tourné l’avenue. Cependant rien ne doit le menacer, ce soir tout est calme ici. Saint-Eustache paisiblement s’endort, baignant ses beaux rivages dans les ondes pures de la rivière, qu’éclaire la lune toute en feu. Comme il est ravissant ce panorama ! n’ai-je pas tort de m’alarmer ainsi ? ce lieu n’est-il pas fait, au contraire, pour y cacher tous les bonheurs et je pèche en doutant. Il faut dormir confiante sous ce ciel rempli d’étoiles, luminaires brillants dont la scintillante clarté semble une voix mystique venue d’un autre monde pour nous murmurer d’espérer.

Bonsoir, chère Gabrielle, que tes songes soient tout roses. Avant de clore tes beaux yeux bleus, adresse au Tout-Puissant une prière pour ta craintive amie qui te presse dans ses bras et t’embrasse comme elle t’aime…

LUCIENNE.


XXI


Les jours s’étaient succédé. On était au 13 novembre. Au commencement du mois la nouvelle de la défaite de Saint-Charles était parve-