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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/155

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

s’extasiait sur la qualité des châles, des cachemires ; sur la richesse des soieries, des dentelles, moi, émue jusqu’au fond de l’âme, je me disais en examinant la plus petite boucle, le moindre nœud de ruban. C’est ainsi que je l’aurais choisi, elle est placée à l’endroit où je l’eus mise moi-même. Comme il me connaît, quelle délicatesse à combler mes moindres désirs, et ce soir lorsque je l’ai remercié de ses superbes cadeaux j’ai beaucoup pleuré.

— Enfant, me disait-il, ne pleurez pas, ne pleurez pas ou je m’en vais de suite.

— Non, restez Pierre, près de moi, j’ai besoin de vous savoir là, de vous entendre me dire que je ne rêve pas, car le bonheur m’étouffe, il est dans l’existence de ces moments suprêmes où l’on sent, sous une émotion trop vive, que la vie nous échappe.

Suis-je vraiment digne de posséder un cœur comme celui de Pierre ? Gabrielle, voilà que mes craintes me reprennent, non je ne veux plus qu’elles me tourmentent, écris-moi encore, chère amie, ta joie me donnera la confiance d’être heureuse, de me laisser doucement bercer de mon bonheur, elle éloignera de ma pensée ces noirs esprits qui semblent voltiger autour de mon bonheur pour me le ravir.

Ah ! mais, non, non, si l’on m’enlevait mon Pierre adoré, je sens, à l’exaltation de mon âme, que la mort à l’instant me réunirait à lui :