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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/154

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

mortels, le droit de jouir sur la terre ? et je tremble chaque fois que Pierre me dit : Au revoir.

Je suis folle, n’est-ce pas ? dis-le moi, bonne amie, toi qui m’adresses des pages remplies d’allégresse où tu me confies le roman de ta vie. C’est ainsi, petite rusée, que tu m’avais caché jusqu’ici le secret de ton cœur ; tu l’aimais ce grand Dr Clermont sans m’en avoir jamais soufflé mot. Tu me demandais souvent ce que Pierre me disait, mais tu ne m’avouais pas ce que tu pensais de Charles. Ah ! c’était bien mal avec ta meilleure amie ; enfin je te pardonne puisque tu m’annonces que tu es au comble du bonheur, qu’il t’aime comme tu as rêvé d’être aimée, entre parenthèse j’ajoute, comme tu le mérites.

Ta joie me fait du bien, je ne suis donc pas une exception à la règle, d’autres comme moi voguent sur des nuages d’allégresse, comme eux je puis avec confiance me laisser emporter dans ces zones de félicité, où un Dieu clément nous permet quelquefois de pénétrer.

Madame Dugal étant parfaitement rétablie nous avons fixé notre mariage à jeudi prochain.

Aujourd’hui j’ai reçu ma corbeille de noces. Là encore j’ai pu apprécier la nature de celui que j’épouserai bientôt ; outre la beauté des objets contenus dans cette corbeille, Pierre a tout deviné, tout compris ce qui pouvait le plus flatter mes goûts : tandis que madame Chénier