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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/153

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

sant son chapeau l’auteur le brandit dans l’air en signe d’allégresse.

Enfin, murmura-t-il, les voilà réconciliés. Et avec plaisir il suivit longtemps du regard Gabrielle Girardin et le Dr Clermont chevauchant côte à côte tels que de tendres amis n’ayant plus aucun secret l’un pour l’autre.

Sur les quais les paysannes chantaient toujours :

Nous la menons aux noces.
Vole, vole, mon cœur vole.


XX

Lucienne à Gabrielle.


8 novembre 1837.
Chère Gabrielle.

Onze heures ! La nuit est transparente, le ciel une masse de brillantes étoiles. Pierre vient de me quitter : de ma fenêtre je le vois encore se dirigeant lentement vers la demeure de sa mère. Combien sa tête est belle et noble sa démarche ! Comme je l’aime ! combien sa tendresse me rend heureuse ! Te le dirai-je, chère Gabrielle, mon bonheur est si intense que parfois il m’effraye ; deux mois se sont écoulés depuis mon arrivée ici et je crois n’avoir vécu qu’un jour, tant les heures se sont envolées rapides et douces.

Des pensées troublantes m’assaillent souvent, être heureux ainsi que nous le sommes, n’est-ce pas dérober impunément une parcelle du ciel, dont nous n’avons pas, nous pauvres