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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/148

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

nous rendre de véritables services, nommez-le commandant en chef.

— Vous le voulez ?

— Je crois qu’il serait prudent de le faire.

— Alors puisque vous nous le conseillez, nous y consentons. Hourra, hourra, pour le chef Girod ; Hourra, hourra, hourra pour le colonel Chénier.

On l’entourait, on lui pressait la main avec affection. Combien en effet, ce martyr du patriotisme méritait la confiance qu’il inspirait.

Non loin de l’endroit où le Dr Chénier adressait la parole à ses amis, madame Chénier, dans sa chambre, agenouillée au pied du berceau de son enfant, le visage caché dans ses mains, pleurait et priait pour le père de son premier né, dont la tête venait d’être mise à prix ; elle demandait au Tout-Puissant de le protéger, de le soustraire à ses ennemis. Un pas léger, près d’elle, la fit tressaillir, deux bras caressants entourèrent son cou et une voix douce lui dit :

— Ne pleurez pas, madame, le docteur sera sauvé, voyez comme de toute part l’on arrive pour le défendre ; si l’on se bat Dieu le protégera, jamais le Dr Chénier ne tombera entre les mains des Anglais.

— Chère Lucienne, c’est vous, répondit la jeune femme se relevant et appuyant sa tête sur l’épaule de la jeune fille, donnez-moi du courage, ce soir de cruelles pensées m’oppres-