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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/140

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

broussaille, le regard hébété, noyé dans l’eau ainsi que celui d’un poisson bouilli, regardant devant lui sans rien voir : de temps en temps des paroles incohérentes s’échappaient de ses lèvres, d’où la salive coulait lentement sur son double menton, laissant une raie jaunâtre sur sa chemise, sa veste et son pantalon. Les mots sans suite qu’il prononçait attestaient la difficulté qu’il avait à construire sa phrase, pour exprimer l’idée qui le hantait. C’était une espèce de colosse réduit par l’alcool à l’impuissance d’un enfant.

— Par... pa... , pa... par... ti... ti... ti

Sa tête se souleva lourdement et retomba aussitôt sur sa poitrine, alors il menaça de son poing fermé un être invisible, comme s’il eut été tout près de lui, puis par un effort suprême il se redressa soudain, chancela sur ses pieds et se dirigea en titubant, à l’autre bout de la chambre, répétant cette fois tout d’un trait.

— Elle est partie, ie, ie ie,.. in.. in..grate. Tiens.

Son poing rencontra la glace d’un immense miroir, couvrant un pan de la muraille, un patatras épouvantable retentit, le verre vola en mille miettes sur le parquet et un formidable juron résonna dans l’espace.

À ce bruit, monsieur et madame Aubry, plongés depuis des heures dans le sommeil, s’é-