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Page:Bibaud - Les fiancés de St-Eustache, 1910.djvu/123

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LES FIANCÉS DE ST-EUSTACHE

brillantes clartés avaient illuminé son âme, en premier lieu une amitié sincère, puis enfin un sentiment plus vivace, plus profond, plus intense, avait de ses chagrins dissipé la tristesse. Chaque meuble qu’elle laissait dans cette maison, avait été le silencieux témoin de ses désespoirs et de ses joies. Les quatre murs de l’élégante chambrette qu’elle avait habitée tant d’années gardaient, en hiéroglyphes, compréhensibles pour elle seule, le récit d’un instant heureux. Les natures impressionnables s’attachent même aux choses inanimées et Lucienne sentait que tout départ porte en soi le pénible d’un adieu.

— Où allez-vous donc à cette heure matinale ? lui demanda à cet instant M. Du Vallon venant interrompre ses réflexions.

— Et vous-même ? fit la jeune fille sans répondre à sa question.

— Ah ! moi je me promène en cherchant une solution à un problème littéraire, ou plutôt une manière rationnelle de réconcilier deux êtres charmants, faits pour se comprendre et devenir parfaitement heureux ensemble.

— Alors c’est une bonne action que vous désirez faire ?

— Peut-être.

— Les écrivains sont philanthropes.

— Vous avez une favorable opinion de l’écrivain.