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Page:Bernanos - Sous le soleil de Satan, tome 1, 1926.djvu/234

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SOUS LE SOLEIL DE SATAN

vicaire de Campagne se rua sur lui. Et il ne rencontra que le vide et l’ombre.

De nouveau la nuit s’était faite autour de lui, en lui. Il ne se sentait capable d’aucun mouvement. Il ne vivait que par l’ouïe. Car il entendait des paroles, proférées alentour, mais sans consistance, comme suspendues en l’air, dans l’irréalité d’un rêve. Puis, par un grand effort, il parvint à les rapporter à des êtres vivant et marchant, tout proches. L’un de ces personnages — imaginaires ou non — s’éloigna. Il écouta sa voix décroître, décroître aussi le grincement de ses semelles sur le sable. Enfin il se sentit soulevé, retenu par un bras replié dont la forte étreinte était douloureuse à son épaule. Quelque chose lui meurtrit encore les lèvres et les dents, Un jet de flamme traversa sa gorge et sa poitrine. Le noir où se heurtait son regard s’entr’ouvrit. Une lueur diffuse naquit lentement dans ses yeux, se précisa lentement. Et il reconnut, posée sur le sol, à quelque distance, une de ces fortes lanternes comme en portent les pêcheurs par les nuits de grand vent. Un inconnu le soutenait d’une main et le faisait boire au goulot d’un bidon de soldat.