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Si l’on veut faire exécuter un trait pareil à celui-ci ou plus difficile encore à toute la masse des Violons, il vaut toujours mieux, comme dans l’exemple précédent, diviser les premiers violons en 1er et seconds et les deuxièmes également en faisant doubler à ceux-ci les deux parties des premiers Violons, que de laisser tous les 1er violons jouer un fragment et tous les seconds un autre ; car l’éloignement des deux points de départ des sons, romprait l’unité du trait et rendrait les sutures des fragments trop apparentes. Au lieu que la même division s’opérant des deux côtés chez les deux masses des Violons, et sur les deux éxécutans qui lisent ensemble sur le même pupitre, l’un jouant la première partie et l’autre la seconde, il s’en suit que les parties divisées sont si près l’une de l’autre qu’il est impossible de s'apercevoir du morcellement du trait, et que l’auditeur doit croire qu’il est exécuté intégralement par tous les violons. On écrit donc ainsi :


\version "2.14.0"

\header {
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  tagline = ##f
}

\layout {
  indent = 20\mm
  \context {
    \Score
    \remove "Bar_number_engraver"
  }
}

global = {
  \key c \major
  \time 4/4
  \override Rest #'style = #'classical
}

violinI = \relative c''' {
  \global
  g8(\f a b c) c( g) g( e')
  e r8 r4 r8 c c( e)
  e r8 r4 r8 c c( g)
  g( fis) fis( g)_"etc.  "
  \bar "|."
}

violinII = \relative c''' {
  \global
  g8(\f a b c) c r g r
  r c c( d) d r r4
  r8 c c( d) d( c) c( g)
  g r r4
  \bar "|."
}

violinIPart = \new Staff \with {
  midiInstrument = "violin"
} \violinI

violinIIPart = \new Staff \with {
  midiInstrument = "violin"
} \violinII

\score {
  <<
    \new StaffGroup \with {
      instrumentName = \markup{\center-column{\line{1\super ers VIOLONS}\line{DIVISÉS.}}}
    } <<
      \violinIPart
      \violinIIPart
    >>
    \new StaffGroup \with {
      instrumentName = \markup{\center-column{\line{2\super e VIOLONS}\line{DIVISÉS.}}}
    } <<
      \violinIPart
      \violinIIPart
    >>
  >>
  \layout { }
  \midi {
    \context {
      \Score
      tempoWholesPerMinute = #(ly:make-moment 140 4)
    }
  }
}

Ce procédé du reste est applicable à toutes les parties de l’orchestre qui offrent entre-elles des analogies de timbre ou de légèreté, et on doit en user toutes les fois qu’une phrase est trop difficile pour pouvoir être bien exécutée par un seul instrument ou un seul groupe.

Je crois qu’on pourrait, à l’orchestre, tirer plus de parti qu’on ne la fait jusqu’ici des phrases sur la 4eme corde et, pour certaines mélodies, des notes hautes de la 3eme. Quand on veut user ainsi d’une corde spéciale il faut indiquer avec précision jusqu’où elle doit être employée exclusivement, sans quoi les exécutants ne manqueraient pas de céder à l’habitude et à la facilité qui résulte du passage d’une corde à l’autre pour jouer la phrase comme à l’ordinaire.


\relative c' {
  \override Rest #'style = #'classical
  \override TextSpanner #'(bound-details left text) =
  \markup { \upright {4\super e Corde} }
  g8\startTextSpan a b c d e f g
  a4.( g8) g4. fis8
  f!( e) a g f( e) g c(
  b) a g f e4( d)\stopTextSpan
  \bar "||"
  \override TextSpanner #'(bound-details left text) =
  \markup { \upright {3\super e Corde} }
  d8\<\startTextSpan e f g a b c cis
  d4.( e8 f4.) d8\!
  g\> fis4 f e d8
  c b\! a g c4 r\stopTextSpan
  \bar "||"
}

Il arrive assez souvent, pour donner à un trait une grande énergie, qu’on double à l’octave inférieure les premiers Violons par les seconds ; mais, si le trait n’est pas écrit excessivement haut, il vaut beaucoup mieux les doubler à l’unisson. L’effet est alors incomparablement plus fort et plus beau. Le foudroyant éclat de la péroraison du premier morceau de la Symphonie en Ut mineur de Beethoven est à un unisson de Violons. Il arrive même en pareille occasion que si, les Violons étant unis de la sorte, on veut en augmenter encore la force en leur adjoignant les altos à l’octave au-dessous, ce redoublement inférieur trop faible, en raison de la disproportion de la partie supérieure, produit un bourdonnement inutile, dont la vibration des notes aigues des Violons est plutôt obscurcie qu’augmentée. Il est préférable, si la partie d’alto ne peut être dessinée d’une manière saillante, de l’employer alors à grossir le son des Violoncelles, en ayant soin de les mettre ensemble (autant que l’étendue au grave de l’instrument le permet) à l’unisson et non à l’octave. C’est ce qu’a fait Beethoven dans le passage suivant :