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Page:Benserade - La Mort d’Achille et la dispute des armes.djvu/94

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TRAGEDIE.

Le ſuperbe Ilion ſera long-temps debout,
Fuſt-il plus animé, j’en viendray bien à bout,
Ses fléches, & ſa main déjà vous ſont aquiſes,
Et cela n’eſt qu’au rang des moindres entrepriſes,
Uliſſe a bien ſué par de plus grands travaux,
Dolon en eſt témoin, & Rheſe, & ſes chevaux,
Et ſur tout, & ſur tout l’image de Minerve
Où la fatalité d’Ilion ſe conſerve ;
Ma genereuſe main l’arracha de l’autel,
Avecque ta vaillance as-tu rien fait de tel ?
Troye eſtoit invincible en eſtant deffenduë,
J’ay fait qu’on la peut vaincre, ainſi je l’ay vaincuë,
J’ay vollé ce threſor, le Ciel m’apercevant,
Le jour, dans Troye, au Temple, & meſme Hector vivant.
À quelque haut deſſein où ta vaillance butte,
Oſerois-tu tenter ce qu’Uliſſe execute ?
Tu fais ce que tu peux alors que tu combas,
Mais j’ay le jugement außi bien que le bras.
Accordez-moy (Gregeois) une faveur ſi grande,
J’ay merité ce prix, & je vous le demande,
Souvenez-vous d’Uliſſe, & de ce qu’il a fait,
Ses ſervices de vous exigent cét effet,
Pour les recompencer, qu’il ſe puiſſe deffendre,
Par ceux qu’il vous rendit, par ceux qu’il vous peut rendre,