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Page:Benserade - La Mort d’Achille et la dispute des armes.djvu/73

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LA MORT D’ACHILLE.

« Tout l’effort des humains contre elle eſt ridicule, »
C’eſt le deſtin d’Achille, & ce le fut d’Hercule.
Mais quel preſage as-tu de ce mal que tu crains ?


Alcimede.

« Où le malheur ſe voit les preſages ſont vains, »
Quoy pour vous avertir du danger où vous eſtes,
Eſt-il beſoin qu’en l’air s’allument des cometes ?
Que la terre ait pour vous d’horribles tremblemens,
Que le Ciel ſoit en trouble avec les elemens,
Et vous voyant tomber dans un indigne gouffre
Que la Nature éclate à cauſe qu’elle ſouffre ?
Je ſçay dans quel deſordre autrefois elle fût,
Combien elle ſua quand Alcmene conçût,
Tout fut enſevely dans une nuit profonde,
Alcide en ſe formant couta trois jours au monde,
Le monde ſans dommage außi vit ſon trépas,
Le Soleil l’aperçeût, & ne s’en émeût pas,
L’air fut ſans aucun vent, le Ciel fut ſans tonnerre,
Sans orage la mer, ſans abiſme la terre,
Le cours de ces flambeaux ne fut point déreglé,
Lui ſeul perdit le jour, rien n’en fut aveuglé.
Briſeide, & ſes pleurs, vos ſonges, ma triſteſſe,
Vous devroient faire craindre, ils m’agitent ſans ceſſe,
Ces augures encor ſeroient indifferens,
Si vos fatalitez n’en avoient de plus grands