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Page:Benserade - La Mort d’Achille et la dispute des armes.djvu/68

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TRAGEDIE.

Il verra que ma main, quoy qu’il ſoit plus qu’un homme,
Sçait außi bien donner le treſpas qu’une pomme,
Qu’un nombre de Troyens pour en eſtre témoin
Environne le Temple & nous ſuive de loin,
Si nous le ſurprenons ce n’eſt point choſe eſtrange,
« Car qui trahit un traitre eſt digne de loüange. »


Deiphobe.

« Quand on ſçait bien choiſir & le temps, & le lieu,
On peut venir à bout de la force d’un Dieu. »


Hecube.

« Qu’un deſir de vengeance eſt doux à ceux qu’il preſſe, »
Ha que j’en ſuis ravie ! une ſeule triſteſſe
Rend en quelque façon mon plaiſir altéré,
C’eſt qu’il a moins de ſang qu’il ne m’en a tiré.
Le Ciel guide vos pas, l’infortuné Troïle
N’aura point les devoirs devant la mort d’Achille,
Je veux qu’il ſoit vangé devant que d’eſtre plaint,
Donc, ô brave Pâris, ſi fort, & ſi peu craint,
Rens deux divers tranſports ſatiſfaîts à meſme heure,
Sois lent, que je me vange, haſte-toy, que je pleure.


Pâris.

On me r’aporte mort, ou je reviens vainqueur.


Hecube.

Ha ! ſi vous le pouvez apportez moy ſon cœur.