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Page:Benserade - La Mort d’Achille et la dispute des armes.djvu/64

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TRAGEDIE.


Hecube.

Quoy vous tonnez ſi peu contre un ſi grand forfait ?
Qui le blaſme à demy l’excuſe tout à fait,
Voſtre frere euſt raiſon de deffendre ſa ville,
Il aymoit un Hector, nous aymions un Achille,
S’opoſoit bravement à ſes pretentions,
Il vouloit le punir, nous le récompenſions,
Le traiſtre fit mourir & ſon frere, & le vôtre,
Il deteſtoit ſa main, elle touchoit la noſtre.
Que n’eus-je meſme ſort, meſme deſſein que luy,
Je n’aurois pas ailleurs recherché de l’apuy,
Et loin d’une action ſi laſche, & ſi honteuſe,
J’aurois veſcu ſans crime, & mourrois glorieuſe.


Pâris.

Bien loin de l’excuſer, je voudrois que ma main
Luy mit pour nous vanger un poignard dans le ſein,
Je me reſſentiray de cette offence extrême.


Deiphobe.

Je ſuis bien reſolu d’en faire außi de meſme,
Quand nous aurons paßé le jour de noſtre dueil,
Et que mon frere aura ſa pompe, & ſon cercueil ;
Pour la voir tout le peuple eſt deſſus les murailles.


Hecube.

Hé quoy veut-on si toſt faire des funerailles ?