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Page:Bellerive - Brèves apologies de nos auteurs féminins, 1920.djvu/134

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Mlle Marie-Rose Turcot

« C’est un recueil de nouvelles et de contes dont le titre général est L’Homme du Jour. L’auteur est une jeune fille, dont le plus grand défaut, aux yeux des arrivistes, est d’être trop modeste — d’une modestie sincère et délicieuse. Mlle Marie-Rose Turcot n’est pas cependant une inconnue, puisque la société Saint-Jean-Baptiste de Montréal l’a couronnée lors de son avant-dernier concours littéraire. “ Nestor et Piccolo ”, qui fut sa contribution, rapporta le second prix. C’est un petit bijou presque sans défauts. Et si je dis presque, c’est qu’il est toujours difficile de parler de chef-d’œuvre. Mais que ce conte fût remarquable, l’intérêt que porta à l’auteur un homme de lettres de Montréal, en est une preuve évidente. C’est grâce à lui que la publication de L’Homme du Jour devint possible. Je viens de relire le livre. La première nouvelle, celle qui en donne le titre, est un véritable roman qui souffre un peu de sa concision voulue. Pour le développement des caractères, l’analyse psychologique, — car il y a là de la psychologie, — il aurait fallu plus d’espace, de liberté d’action, et c’est pourquoi la nouvelle me semble un peu grêle, en dépit de son intérêt réel, de son charme et de sa fraîcheur. Elle se lit cependant avec un véritable plaisir. L’auteur étudie son héros, l’homme du jour, politicien ambitieux qui, petit à petit, sans s’en rendre compte, néglige sa femme, l’oublie dans ses préoccupations d’homme sérieux, mais l’héroïne, cette Gilberte, qui analyse si bien sa souffrance, éclaire avec tant de soin les “ détours de son cœur ”, est beaucoup mieux comprise, dessinée, vérifiée. On sent ici l’art féminin, le coup d’œil de la femme qui sait voir à merveille dans son cœur,