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Page:Bellerive - Brèves apologies de nos auteurs féminins, 1920.djvu/130

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Auteurs féminins

C’est merveille de l’entendre. Aux violettes de serre, s’épanouissant sous l’œil d’un jardinier savant, elle reproche avec douceur leur « air de mystérieuse audace », qui les rend, semble-t-il, « d’une autre famille que leurs timides sœurs du printemps ». Les pétales d’une marguerite, effeuillée d’un joli geste ancien, apparaissent à l’écrivain ainsi que « des doigts uniformément longs et blancs, autour d’un cœur jaune ». Et, quelle délicate ironie voile l’apologue où est narrée la révolte, par un soir de printemps, de hautaines tulipes blanches. « Sûrement, fait l’auteur toute triste, sûrement, les fleurs ressemblent aux hommes ! »

« Quel saisissant regard Mlle Charette pose sur les choses ! sur ce qui bruit et chante, brille et se colore, s’agite et frissonne. Sa vision se reflète dans des mots qui fixent le mouvement et l’attitude des êtres. Habilement, les vocables s’agencent, se rapprochent et s’opposent. Travail d’artiste, de chercheuse de syllabes harmonieuses et fines. Son don plastique nous étonne parfois. Elle modèle les formes fuyantes des choses en d’emblématiques figures dont elle perçoit et nous révèle le sens. La grande ombre de Verlaine, invoquée au début de l’ouvrage, la guide, sans doute, à travers « la forêt de symboles ». Peut-être aussi, « les doigts longs et blancs » de la lettrée s’attardent-ils souvent aux pages de l’auteur de Sagesse. Elle subit l’ascendant de ce beau génie du repentir… littéraire. Elle s’en libère cependant. Avec un tact discret, elle s’éloigne, allant puiser à d’autres sources sa moralité saine. Mlle Charette, et c’est là, il me semble, une note personnelle, originale, entend sans cesse une autre voix, une voix austère, limpide et grave. Son