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Page:Bellerive - Brèves apologies de nos auteurs féminins, 1920.djvu/128

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Auteurs féminins

« Un des côtés les plus brillants du talent de Michelle LeNormand consiste en une faculté d’observation aiguë. Les types, tous les personnages sortant de l’ordinaire uniformité, sont croqués sur le vif comme par un appareil cinématographique, avec leurs tics, leurs manies, leurs mouvements caractéristiques des membres et du visage, et campés sur la page gesticulants, grimaçants, nous serions tentés d’écrire : pantelants, — ridicules ou touchants. Voyez, par exemple : Attitude de quêteux’, La Commère, La Clairvoyante, etc. ; et les autres, ceux qui frappent par leur frivolité ou leur snobisme : La jeune fille bien, etc ; et ceux qui sont, presque sublimes dans leur accoutrement ancien et dont le cœur est un trésor toujours neuf : Le docteur, et encore, cette courageuse vieille paysanne qui se détache en relief : Grand’mère Audet, noble fille des ancêtres qui sauvèrent la race en l’implantant fermement dans la campagne canadienne.

« Il faut aussi s’arrêter un moment, pour l’admirer en détail, devant ce morceau de sentiment exquis : La petite fille au turban : elle est la sœur, par la délicatesse et la grâce, de cette autre petite morte nommée Gabrielle, et qu’une page d’Autour de la Maison a tendrement ressuscitée.

« Michelle LeNormand ne fait jamais de description toute pure : ses paysages sont des états d’âme, selon le mot d’Amiel. Ils n’en sont que plus vrais. Sa touche est fine, les détails abondent sans nuire à l’ensemble, les couleurs sont justes. Elle a du goût, de l’ordre, de la mesure. Elle dessine d’un trait net, sans hésitation, presque sans retouches. Bref, elle a le don. Lisez : Raquetteurs, Dans la nuit sereine, Les quais, Chez nous, chez vous, Qui me donnera