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de sonner chaque jour toutes les cloches des églises que l’incendie avait épargnées, pour faire croire à ces bons villageois que le culte n’était point interrompu. Ce moyen de déception aurait pu réussir s’il eût été accompagné de toutes les précautions convenables. Déjà plusieurs habitans des campagnes, abusés par ces promesses fallacieuses, se rendaient à Moscou avec des voitures chargées de foin, de paille et de provisions de bouche. Mais qu’arriva-t-il ? Au lieu de payer, comme on l’avait promis, ce qu’ils apportaient, on s’emparait de leurs chevaux et de leurs voitures, et on les renvoyait après les avoir maltraités. Ces braves gens, indignés d’une conduite aussi déloyale, retournèrent dans leurs villages et ne revinrent plus. Ils exaspérèrent les autres habitans contre les Français, en leur faisant un tableau effrayant des mauvais traitemens qu’ils avaient éprouvés, et surtout en les représentant comme des impies qui n’avaient pas craint de profaner les églises en y mettant leurs chevaux.