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l’armée qui n’eût son cheval et sa voiture. Je suis sûr qu’il a été volé en Pologne plus de cent mille chevaux. Les dilapidations, les mesures violentes et vexatoires que les troupes françaises exercèrent dans ce pays, ne peuvent se comparer qu’à celles dont la Prusse avait été l’objet. Les seigneurs polonais nous disaient souvent : « Que feriez-vous donc si nous étions vos ennemis ? »

En effet, il semblait que le pillage fût devenu pour le soldat un moyen de soulagement, une diversion nécessaire à ses fatigues, à ses privations de chaque jour. Vainement les habitans demandaient des sauve-gardes aux généraux, le soldat, réduit au dernier degré du désespoir ou du besoin, ne respectait ni les sauve-gardes, ni ses propres chefs. Davoust fit plusieurs fois fusiller des pillards pris en flagrant délit. Mais ces exemples de sévérité ne purent arrêter un désordre qui avait sa source dans le système militaire de Napoléon, dans un défaut absolu d’organisation, et surtout dans la