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à l’ennemi. Sa Majesté me chargea de ses papiers les plus précieux, que j’avais aidé le comte d’Avaray à mettre en ordre, et à sceller dans deux porte-feuilles recouverts de taffetas ciré vert. Le comte d’Avaray me dit que c’était le trésor du Roi ; il me recommanda de le lui conserver à quelque prix que ce fût, et de ne pas quitter les équipages.

Après que l’armée française eut passé le Rhin à Kehl, le général autrichien se décida bientôt à la retraite ; dès qu’elle fut commencée, le Roi ne jugeant pas de sa dignité de fuir devant ses sujets révoltés, quitta l’armée de Condé à Willingen, vers le 8, et partit incognito, avec le comte d’Avaray et Guignet, précédé la veille du duc de Villequier et du comte de Cossé. Ce ne fut pas sans peine que le Roi, faute de chevaux, parvint à traverser la Souabe ; il aurait même été arrêté à Ulm, ville détestable, où l’esprit révolutionnaire avait prévalu. Sa Majesté y arrive le soir ; le comte d’Avaray demande des chevaux ; on lui répond que les seuls disponibles sont retenus