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cès. Il y avait dans ces magasins des vivres pour six mois. J’en fis distribuer à des femmes russes qui mouraient de faim, et qui venaient implorer ma commisération.

L’Empereur arriva bientôt ; je fus le seul Français qu’il trouva à son poste dans ces circonstances critiques. J’osai lui demander la décoration de la Légion-d’Honneur. Il me fit plusieurs questions relatives à mon service, et s’éloigna en me disant que j’aurais la croix : je l’eus en effet.

Mais le moment approchait où j’allais avoir des devoirs non moins sacrés à remplir et des soins non moins pénibles à rendre. Après vingt-deux jours de séjour à Moscou, tout espoir d’obtenir la paix étant perdu, l’armée dut reprendre le cours de ses opérations ; elle était d’ailleurs menacée par l’armée russe. Je fus chargé de l’évacuation de la ville et de réunir les blessés dans l’hôpital des Enfans-Trouvés. Cette tâche était difficile et dangereuse ; aussi la plupart de mes employés m’abandonnèrent-ils, pour suivre