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Une armée qui marchait toujours en avant, n’ayant, n’emportant ni subsistance ni équipement, dans un pays aussi froid, devait nécessairement succomber. L’or ni l’argent ne pouvaient nous donner ce que l’ennemi nous refusait. Nous marchions sur des cendres et sur des cadavres ; et nous obtenions, pour prix de nos succès, des ruines encore fumantes, et des débris ensanglantés.

Dans cette épouvantable campagne, nous perdîmes plus de monde par les maladies, le froid et la faim, que par les armes.

On a trouvé dans les neiges, des hommes blessés, mourant de froid ; enfin, faut-il le dire ?… on en a vu qui, poussés par la faim, dévoraient ceux qui ne pouvaient plus marcher !

Les paysans russes, que le fléau de la guerre avait ruinés, étaient encore pour nous des ennemis redoutables ; ils ne nous épargnaient pas plus que la faim et le froid. S’ils rencontraient des soldats égarés, ils les massacraient impitoyablement. Les cadavres