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rir de soif, d’inanition et de chaleur ; d’autres, accablés, et voyant la souffrance de leurs camarades, se brûler la cervelle. J’ai vu mourir beaucoup de volontaires qui tombaient, de faiblesse, roides sur la poussière. J’ai offert, dans cette marche affreuse d’Alexandrie à Damanhour, un louis d’un verre d’eau. Les soldats étaient sur le point de refuser de marcher.

Engagés sans provisions et sans eau dans ces déserts arides qui bordent la Libye, nous voyions les hommes les plus vigoureux, dévorés par la soif et accablés par la chaleur, succomber sous le poids de leurs armes. Tout-à-coup nous croyions apercevoir devant nous des fleuves, des étangs, et ce n’était que l’effet du mirage, sorte de phénomène qui, par la plus cruelle illusion, nous réduisait au supplice de Tantale. Replongés ainsi dans la plus grande tristesse, il en résultait l’abattement et la perte des forces, que je vis porter au dernier degré chez quelques-uns de nos braves ; ils périssaient comme par extinction.