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l’image sanglante de la mort, ils semblaient étonnés qu’on leur laissât la vie. Le lendemain ce qui en était resté, ainsi que les Arabes de la campagne, nous parurent un peu remis de leur frayeur et assez confians. Ils lisaient, avec une sorte d’extase, la proclamation que le général en chef avait fait imprimer en arabe et qui leur promettait protection et sûreté. Nous vîmes dans le bazar quelques provisions, des moutons, des pigeons, du tabac à fumer, et surtout un grand nombre de barbiers qui rasaient leurs pratiques en mettant leur tête entre leurs genoux.

Rien au monde ne m’avait jamais paru si triste et si misérable que l’Alexandrie moderne, qui est pourtant le port le plus commerçant de l’ Égypte. Il est divisé en deux baies très-belles, peu profondes, séparées par une digue ou chaussée de cinq à six cents toises de long, et qui s’étend jusqu’au phare où s’élevait jadis cet ancien et superbe édifice, d’où l’on découvrait les bâtimens à trente ou quarante lieues en mer. Ce n’est plus aujour-