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et par ses talens naturels s’était élevé à la hauteur du capitaine et de l’homme d’état. Il était républicain, mais ennemi de la corruption et des factions ; il n’estimait pas Bonaparte, et n’avait en lui aucune confiance.

Comme dans les dernières conversations qu’il avait eues avec lui, et par d’autres données, il avait entrevu les projets de Bonaparte d’asservir la France, il expédia de suite au directeur Barras, le chevalier de Barras, son cousin, pour l’en prévenir ; mais le vaisseau qui le portait fut pris à la hauteur de l’île de Corse, et les avis de Kléber arrivèrent trop tard. Il estimait peu d’ailleurs Barras. Après le 18 brumaire, je lui ai entendu dire : « La France est enfin débarrassée ! »

Kléber aimait passionnément les femmes ; mais il ne s’en laissait pas dominer. C’était de lui que madame Tallien disait dans un cercle où des dames lui observaient qu’elle parlait toujours de Kléber : « Figurez-vous le dieu Mars ! » Il protégeait beaucoup en Égypte le général V****, à cause de sa femme