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donner à croire aux habitans qui se portaient en foule au-devant de nous, que nos troupes étaient encore plus nombreuses qu’à leur départ pour la Syrie, et qu’en effet nous avions détruit l’armée du grand-visir. La foule devant laquelle nous défilâmes offrait le plus étrange spectacle : c’était un curieux mélange de Turcs, de Grecs, d’Européens, de cophtes, de fellahs, de Maugrebins et de Nubiens, même des mameloucks à pied et à cheval. Dans les rues, les habitans du Caire étaient la plupart assis sur leurs talons, tenaient immobiles leurs têtes chargées de rubans de toutes les couleurs, et presque tous ayant le menton garni d’une longue barbe ; d’autres, montés sur les terrasses et les minarets, semblaient pétrifiés de surprise. L’aspect martial de nos troupes, qu’ils avaient crues anéanties, les frappa. Le général en chef fit exposer dans les principales mosquées tous les drapeaux enlevés dans les différentes actions ; en même temps que les prisonniers étaient promenés avec affectation dans les différens