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du général Reynier eut ordre de quitter la tranchée la dernière. Toute la nuit l’artillerie des remparts fit un feu terrible, et à la pointe du jour l’ennemi nous accompagna, pour ainsi dire, par sa dixième sortie générale, qu’il fallut repousser encore. La division Reynier, quittant enfin la tranchée, se replia dans le plus grand silence, portant à bras l’artillerie de campagne ; elle dépassa ainsi la division Kléber, destinée à former l’arrière-garde. Une centaine de chevaux furent laissés afin de protéger les ouvriers chargés de détruire le pont que nous avions jeté sur le Kerdané.

Nous avions d’abord à parcourir l’espace de trois lieues sur le bord de la mer pour gagner Tentoura, ce qui nous eût exposés au feu des chaloupes canonnières anglaises, si nous avions effectué notre première marche pendant le jour. Le manque de transports aurait réduit les blessés à l’alternative cruelle d’être abandonnés, soit dans les ambulances, soit dans les déserts, où ils seraient morts d’inanition, ou égorgés par les Arabes, si le