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On citait dans le camp un sergent-major de la 32e demi-brigade, de vingt-quatre ans, et d’une constitution robuste, qui était mort après six heures de maladie. Si le malade était en marche, on le voyait tomber de convulsions comme un épileptique, tous les traits de la face se décomposant, ses lèvres se contournant, sa langue sortant de sa bouche tuméfiée et couverte d’une salive fétide, tandis qu’une morve sanieuse fluait de ses narines, et que ses yeux ouverts et fixes sortaient de leur orbite ; le malheureux, contourné sur lui-même, expirait tout-à-coup après avoir jeté quelques cris lugubres.

On répandit d’abord l’opinion que la maladie n’était pas pestilentielle ; de sorte que les soldats n’hésitèrent pas de s’emparer et de se couvrir des effets de ceux de leurs camarades morts de la peste ; elle ne tardait pas alors de se développer chez les imprudens, qui subissaient presque toujours le même sort. Ce ne fut que lorsqu’il n’y eut plus moyen de cacher la nature de la maladie, que dans