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il est allé aux nouvelles de sa période de collaboration au Gil Blas, pour aboutir à ceux, plus spécialement humains et naturistes, qui ont suivi L’Île Vierge, le livre annonciateur de l’idée nouvelle. Il y aurait ici des merveilles à mettre en relief. Quiconque voudrait se pénétrer de la beauté multiple de cette partie de son œuvre devrait, par exemple, associer dans sa lecture La Genèse de Ceux de la Glèbe, La Saint-Nicolas du Batelier des Noëls Flamands, L’Homme qui tue les femmes de Dames de Volupté, Eden de La Petite Femme de la mer. Il savourerait ainsi l’essence de ces contes, et, des impressions ressenties, mesurerait le champ d’humanité qu’ils couvrent. Comme chez tous les panthéistes d’instinct, sa vision multitudinaire, son sens universel de la vie lui ont rendu possible cette immense variété d’aspects de nature et de minutes d’humanité saisis, et pour certains éternisés, à travers ses récits.

Il y a aussi l’auteur dramatique.

Ceci est, à vrai dire, un aspect mineur de son œuvre. Tardivement Lemonnier s’est essayé au théâtre. Il a notamment adapté à la scène son célèbre Mort, sous forme de pantomime d’abord, ensuite comme tragédie en cinq actes, qu’une refonte condensa définitivement en trois actes. La poignante atmosphère de l’œuvre prétait merveilleusement à son expression dramatique. L’auteur a réussi, en une action très simple, à recréer par des moyens scéniques la sensation d’angoisse du roman. Le drame du Mort est une œuvre vraiment haute et émouvante, qui vit de la vraie vie des planches, et où la scène finale, notamment laisse le souvenir de l’un des beaux moments du théâtre contemporain. Malgré cela je crois que Lemonnier n’emprunte pas d’instinct la forme dramatique. Il est trop foncièrement paysagiste, trop porté à recréer dans la vie des mots la vie extérieure ; sa langue aussi est trop riche pour la scène. Je ne considère ses deux ou trois pièces que comme une diversion, pour ce curieux d’expres-