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II

CONFESSIONS PRÉLIMINAIRES


Non, ce ne fut pas pour la recherche d’une volupté coupable et paresseuse qu’il commença à user de l’opium, mais simplement pour adoucir les tortures d’estomac nées d’une habitude cruelle de la faim. Ces angoisses de la famine datent de sa première jeunesse, et c’est à l’âge de vingt-huit ans que le mal et le remède font leur première apparition dans sa vie, après une période assez longue de bonheur, de sécurité et de bien-être. Dans quelles circonstances se produisirent ces angoisses fatales, c’est ce qu’on va voir.

Le futur mangeur d’opium avait sept ans quand son père mourut, le laissant à des tuteurs qui lui firent faire sa première éducation dans plusieurs écoles. De très-bonne heure il se distingua par ses aptitudes littéraires, particulièrement par une connaissance prématurée de la langue grecque. À treize ans, il écrivait en grec ; à quinze, il pouvait non-seulement composer des vers grecs en mètres lyriques, mais même converser en grec abondamment et sans embarras, faculté qu’il devait à une habitude journalière d’improviser en grec