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Page:Baudelaire - L'Art romantique 1869.djvu/440

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lyse peut suffire pour lui faire deviner l’esprit de recherche qui anime le travail de M. Asselineau. On a souvent répété : Le style, c’est l’homme ; mais ne pourrait-on pas dire avec une égale justesse : Le choix des sujets, c’est l’homme ? De la chair du livre, je puis dire qu’elle est bonne, douce, élastique au toucher ; mais l’âme intérieure est surtout ce qui mérite d’être étudié. Ce charmant petit livre, personnel, excessivement personnel, est comme un monologue d’hiver, murmuré par l’auteur, les pieds sur les chenets. Il a tous les charmes du monologue, l’air de confidence, la sincérité de la confidence, et jusqu’à cette négligence féminine qui fait partie de la sincérité. Affirmerez-vous que vous aimez toujours, que vous adorez sans répit ces livres dont la pensée, tendues à outrance, fait craindre à tout moment au lecteur qu’elle ne se rompe, et le remplit, pour ainsi dire, d’une trépidation nerveuse ? Celui-ci veut être lu comme il a été fait, en robe de chambre et les pieds sur le chenets. Heureux l’auteur qui ne craint pas de se montrer en négligé ! Et malgré l’humiliation éternelle que l’homme éprouve à se sentir confessé, heureux le lecteur pensif, l’homo duplex, qui, sachant reconnaître dans l’auteur son miroir, ne craint pas de s’écrier : Thou art the man ! Voilà mon confesseur !