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Page:Baudelaire - L'Art romantique 1869.djvu/361

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lût-il fermement, ne pourrait pas négliger quoi que ce soit d’intéressant, de subtil ou de pittoresque, souriait avec plaisir aux bizarres élucubrations du Lycanthrope.

Lycanthrope bien nommé ! Homme-loup ou loup-garou, quelle fée ou quel démon le jeta dans les forêts lugubres de la mélancolie ? Quel méchant esprit se pencha sur son berceau et lui dit : Je te défends de plaire ? Il y a dans le monde spirituel quelque chose de mystérieux qui s’appelle le Guignon, et nul de nous n’a le droit de discuter avec la Fatalité. C’est la déesse qui s’explique le moins, et qui possède, plus que tous les papes et les lamas, le privilége de l’infaillibilité. Je me suis demandé bien souvent comment et pourquoi un homme tel que Pétrus Borel, qui avait montré un talent véritablement épique dans plusieurs scènes de sa Madame Putiphar (particulièrement dans les scènes du début, où est peinte l’ivrognerie sauvage et septentrionale du père de l’héroïne, dans celle où le cheval favori rapporte à la mère, jadis violée, mais toujours pleine de la haine de son déshonneur, le cadavre de son bien-aimé fils, du pauvre Vengeance, le courageux adolescent tombé au premier choc, et qu’elle avait si soigneusement éduqué pour la vengeance ; enfin, dans la peinture des hideurs et des tortures du cachot, qui monte jusqu’à la vigueur de Mahturin) ; je me suis demandé, dis-je, comment le poëte qui a produit l’étrange poëme, d’une sonorité si éclatante et d’une couleur presque primitive à force