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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/388

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BOCQUET.

Et vous êtes sûre que vous ne le regretterez pas ?

(Sans répondre à la question elle sort une lettre de son sac qu’elle tend à Monsieur Bocquet.)

FRÉDÉRIQUE.

Voici la lettre de mon mari.

(Un temps. Il lit au-dessus de la lampe.)

BOCQUET.

Évidemment !


FRÉDÉRIQUE.

Oh ! c’est sa manière… c’est net, c’est froid !… Ce qu’il m’offre, c’est la vie grise, morne, sèche, sans espoir !… Vous voyez, il n’est question que des enfants !… Et, d’ailleurs, de quoi voulez-vous qu’il soit question ?


BOCQUET.

C’est évidemment la raison principale, la meilleure ! Peut-être la seule.


FRÉDÉRIQUE.

La seule ? Oh ! non, Monsieur !… À mon âge… à mon âge, voyons, c’était impossible !… Regardez mes cheveux blanchissants !… Allez, c’est déjà beaucoup pour moi d’avoir été aimée sans avoir rien réalisé ! C’est un doux souvenir qui me servira à me cacher mon amertume, ma vieillesse… Il me faut ça, d’ailleurs, car quelle sera ma vie, désormais, à côté de ce mari lassé qui regardera mourir en moi, par devoir, un amour qu’il avait ignoré ?