Ouvrir le menu principal

Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/357

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



JULIEN.

Et puis après ?… Que j’aie aimé respectueusement Madame Ulric, je ne m’en défends même pas… Ce n’est pas un sentiment inavouable ! C’est un sentiment qui date de bien avant notre mariage, Éveline, mais tu as la preuve même de son honnêteté formelle, dans ses lettres que t’a montrées Madame Tessier et que je savais qu’elle possédait ! Il n’y a pas, j’en réponds, une formule qui témoigne d’autre chose que de mon respect, à moi, et de son innocence à elle.


ÉVELINE.

Mais c’est trop bête, vous dis-je !… Est-ce qu’on prête trois cent mille francs à un homme qui n’a pas été votre amant ? À d’autres !… Il faut rudement aimer quelqu’un pour se dépouiler d’une pareille somme !… Ce n’est pas une signature de commerce, ça, c’est une signature de passion !… Et il faut être un héros ou un bandit pour l’accepter. Tu as le choix, mon cher !…

(Elle le regarde bien dans les yeux et passe. Frédérique veut la suivre.)

JULIEN, (à Frédérique, s’interposant.)

Laissez, Madame Ulric !… Ce n’est pas à vous de vous disculper ! (à Eveline.) J’attends que ta colère soit apaisée pour te fournir la justification d’un acte dont tu ne peux guère apprécier la valeur sans avoir les éléments sous les yeux… Je dois à Madame Ulric, je te l’ai dit, non seulement peut-être la vie, mais encore une résurrection, faite de remords et de dégoût de moi-même.


ÉVELINE.

De plus en plus fort !… Où nous arrêterons-nous